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Challenger d'Orleans
La victoire en double à l'Open d'Orléans
Challenger 106 500 $+H

Nicolas Renavand et Pierre-Hugues heureux (photo Laetitia Beaujard)
le reportage photo de Laetitia Beaujard (cliquer pour agrandir)

et en prime le jeu des 7 différences Nico/Ügi spécial Open d'Orléans

dimanche 24 octobre
Bingo en double à Orléans ! Aux innocentes wild cards les mains pleines !
Les gradins étaient partagés. Soutenir les anciens ? Ou soutenir les modernes ? Soutenir les glorieuses têtes d'affiche ou bien les sympathiques outsiders ?

(photo source site Web Open d'Orléans)
Sébastien Grosjean, pour la 1ère fois ambassadeur du tournoi aux côtés de son directeur Didier Gérard, de même que Nicolas Mahut, le tourangeau, héros de Wimbledon, tout auréolé de sa victoire quelques minutes plus tôt en finale du simple face à Grigor Dimitrov, avaient évidemment ici à Orléans une grosse cote d'amour auprès du public. Mais Nicolas Renavand, 1/4 de finaliste et auteur de 2 exploits mémorables face à Marc Gicquel et Stéphane Robert, avant qu'il ne tombe avec les honneurs devant David Guez, tout comme Pierre-Hugues, benjamin du tournoi et nouvelle valeur montante du tennis français, n'étaient pas en reste. Ils avaient eux aussi su, lors des tours précédents, conquérir le coeur de ce même public orléanais, féru de tennis et prompt à s'enflammer.
Alors, du coup, l'ambiance était plutôt rigolote. Tout le monde était satisfait, et même enthousiaste d'assister à une telle confrontation. Mais personne n'osait vraiment prendre parti, encourager ouvertement un camp plutôt que l'autre.
Peu importait d'ailleurs à la majorité qui sortirait vainqueur de ce dernier affrontement du tournoi. L'affiche était belle et le souhait général était qu'on fasse durer le plaisir. Et c'est ce qui se produisit. Fidèle à leurs habitudes, P2h et Nico prirent un départ canon, pour mener rapidement 3/0. Puis, suspense oblige, c'est Sébastien et l'autre Nicolas qui recollèrent in extremis au score, en ravissant à 5/3 le service de Pierre-Hugues, bien aidés il est vrai dans ce jeu par les 3 doubles fautes de ce dernier. La manche se conclut donc sur un jeu décisif pour la plus grande joie de tous, et ce fut assez normalement le duo Renavand/Herbert qui s'y imposa 7/4, concrétisant une domination assez nette sur l'ensemble du set.

(photo Laetitia Beaujard)
Dans le second, on ne fut pas loin d'un break d'entrée en faveur des mêmes quand à la faveur de 2 très beaux points, ils menèrent dès le 1er jeu 0/30 service Grosjean, mais les anciens sauvèrent la mise, et bientôt se retrouvèrent à faire cavalier seul dans ce deuxième acte, Nicolas Renavand lâchant 2 fois sa mise en jeu sous l'impulsion d'un Sébastien Grosjean étonnant de facilité et presque aussi efficace sans doute qu'à ses plus belles heures.
6/1 en 20mn. On pouvait craindre le pire pour Pierre-Hugues et son compère parisien du "Lagardère Paris Racing". Mais l'équipe resserra les boulons pour finalement s'imposer dans le "match tie-break" en 10 points du 3e. Remportant les 2 point de service d'un Nicolas Mahut sans doute un peu émoussé par ses efforts de la journée, les outsiders se détachèrent d'abord 3/0, avant - grosse frayeur ! - de concéder 3 des leurs et se faire reprendre 3/5 service P2h avec un mini-break de retard. Nouveau revirement dès lors, et points et mini-breaks en cascade, puisque ça fait bientôt 9/5 service Grosjean pour lesdits outsiders avec 4 balles de match consécutives à la clef. Le travail sera parachevé 10/6 sur la seconde d'entre elles par Nicolas d'une dernière volée gagnante de revers, et ce derrière l'enchaînement service-volée 1ère balle de son partenaire.
Le résultat est pour le moins inespéré quand on sait que Nicolas et Pierre-Hugues durent obtenir une wild card (merci Didier et Sébastien !) pour intégrer le tableau, et surtout que la paire fut constituée de manière complètement impromptue, dimanche midi, quelques minutes seulement avant la clôture du traditionnel sign-in. Une pratique courante néanmoins lorsqu'on connaît les modalités de ce genre d'inscriptions, qui voient notamment certaines équipes de spécialistes de la discipline s'inscrire à distance et par téléphone (de l'autre bout du monde parfois) ç la toute dernière extrémité, lorsqu'elles acquièrent notamment la certitude, au regard des autres engagés déjà présents sur la liste, qu'il vaut mieux qu'elles participent à ce tournoi-là plutôt qu'un autre... Ces "sign-in" de dernière minute ne facilitent guère la tâche des autres prétendants et amènent souvent à des tractations très incertaines entre coéquipiers potentiels. Ainsi, ce jour-là, après avoir cru pouvoir "s'embarquer" avec l'un ou l'autre partenaire, il s'est trouvé que P2h restait en "cale sèche", si bien qu'arrivé au dernier moment pour s'échauffer avant son dernier tour de qualifs et sollicité en dernier recours, Nicolas sut saisir l'occasion. Bien lui en a pris. Aux innocentes wild cards les mains pleines !
le site Web du tournoi
le tableau de qualifications
le combo tableaux simple et double combinés
samedi 23 octobre
Nico et P2h boutent l'anglois hors du tournoi
Ainsi que Jeanne "la Pucelle" le fit, en des temps très reculés, de l'envahisseur briton retranché derrière les murs de la cité, Pierre-Hugues et Nicolas Renavand ont ici à l'Open d'Orléans, forts du soutien d'un large public, "bouté l'anglois" hors du tournoi. Ils ont sorti en demi-finale le duo Marray/Delgado, une équipe venue d'outre-Manche très expérimentée et tout à fait rôdée aux petits secrets et autres subtilités du jeu de double. Ce n'est pas un mince succès. Du reste, la paire britannique restait sur une victoire face à P2h, acquise il y a un peu plus d'un mois au 1er tour du Challenger de Saint-Remy de-Provence, alors que l'apprenti champion partageait sa moitié de terrain avec le vétéran suisse George Bastl.

(photo Laetitia Beaujard)
Les wild cards étaient donc prévenues. PH et Nico savaient qu'ils leur faudrait jouer juste pour ne pas tomber dans le piège tendu par l'adversaire et sa science de l'interception, sa panoplie de combinaisons toutes plus redoutables les unes que les autres. Ils savaient en l'occurrence que leur meilleure chance pour contourner l'obstacle était, non pas de finasser, mais au contraire de jouer un ton au dessus en vitesse pure, de faire valoir dans l'axe une qualité de frappe supérieure, notamment au service et en retour. Et le plan fut méthodiquement mis en oeuvre. À grand renfort de 1ères balles canons et surtout de relances fulgurantes, notamment plein champ sur le partenaire du serveur posté en embuscade le nez au filet, les novices transpercèrent le rideau offensif adverse, ou y créèrent des brèches irréversibles, dans lesquelles ils s'engouffrèrent pour eux-mêmes conclure en smash ou à la volée.
1ère manche. Les français sonnent tout de suite la charge. Départ en trombe de Nicolas notamment qui retourne "l'acier" et permet d'obtenir le break dès le 1er jeu du match sur Delgado. Puis, débreak britannique, service Renavand. Inquiétude à 2/4 après que "Nico", qui a mal à l'épaule, ait une seconde fois lâché sa mise en jeu. Mais tir rectifié aussitôt pour revenir à 3/4 en chipant cette fois-ci le service de Marray. Les 2 outsiders continuent sur leur lancée en prenant une seconde fois le service de Delgado, alors que Nicolas perdra pour la 3e fois le sien au jeu suivant malgré 3 balles de set consécutives obtenues à 40/15. Oh qu'il était chaud le No Ad pour faire 5 partout... Puis 5/6 et 6 partout. Il faut donc assez logiquement jouer un jeu décisif pour départager les 2 équipes. Mini-break d'entrée service Delgado, confirmé derrière, soit 3/0 pour les frenchies. Ensuite 3/2, 5/2, puis 6/3 avec un nouveau mini-break sur Delgado, Nicolas concluant au service sur sa 2e balle de set.

Marray & Delgado (photo source site Web Open d'orléans)
2ème manche. Jeu très équilibré de nouveau, mais sans aucun break. Personne ne cède son engagement jusqu'à 6/5 pour P2h et son partenaire, Là, portés par les encouragements du public, nos 2 gaillards accentuent de plus belle leur pressing et c'est donc Delgado, acculé, qui finit par làcher d'un rien sa mise en jeu. Les gradins, remplis, exultent. 7/5 pour le duo Herbert/Renavand au terme d'une partie de double d'excellente facture. Ça y est les 2 chouchous du Palais des Sports d'Orléans sont en finale. Il ne reste plus à Sébastien Grosjean et Nicolas Mahut qu'à suivre leur exemple en fin de soirée face à Cotzee/Kowalczyk, et ça nous fera pour demain une dernière affiche 100% tricolore, et qui plus est, très alléchante, opposant en quelque sorte les 2 révélations de ma semaine aux 2 plus grands noms du tournoi. Ça promet !
lundi 18 octobre
Tuer le "pair"
Les choses vont vite pour Pierre-Hugues. Trop vite peut-être. Lui, le "rookie", qui commence à peine sa carrière pro (il a vraiment attaqué le circuit depuis juillet, rappelons-le), le voilà déjà en train d'évoluer dans un Challenger 100 000 $ au beau milieu d'un court central installé dans un palais des sports et avec des tribunes garnies de près de mille spectateurs. Avec même le hawk-eye et des primes de 10 € qui tombent pour une fondation à chaque fois qu'on claque un ace.
Alors justement, bienfaiteur, Pierre-Hugues le sera en 2 temps et de 2 manières en cette fin de soirée lors de son match du 1er tour tableau final à l'Open d'Orléans. D'abord en réussissant 8 aces, dont 6 dans le 1er set, et ensuite en faisant quasiment cadeau de ce match à son adversaire, le français N° mondial Adrian Mannarino. complètement dépassé sans doute par la situation qu'il aura en partie réussi à créer sur le terrain.
Du Ügi pur jus, une nouvelle fois ! En jouant de façon assez moyenne, il s'imposera 6/4 dans la première manche, réalisant une performance en pointillé : un jeu dedans, un jeu dehors.

Adrian Manarino (photo source site Web Open d'orléans)
Jugez-en plutôt ! Break lâché d'entrée en commençant par une double faute et en poursuivant mollement. Break repris aussitôt derrière en se concentrant un chouia sur le plan tactique échafaudé un peu plus tôt avec son coach de père. Rien de folichon ensuite. P2h tiendra son engagement avec une certaine autorité en restant aux abonnés absents en retour, sauf dans le dernier jeu, durant lequel il ravira "blanc" le service adverse, en resserrant un peu les boulons et en se stimulant de la voix pour faire céder en toute logique le parisien à l'échange.
6/4. Mannarino vocifère son dépit et écope d'un warning plus que sévère. Les 2 joueurs sont surtout incrédules, tout comme le public. Mais d'où sort ce jeunot qui ne semble rien faire d'extraordinaire et donne pourtant le tournis à un talent reconnu du tennis français, tout récent vainqueur du Challenger de Mons, équivalent belge disputé tout début octobre de l'Open d'Orléans ?
Comme à Rennes une semaine plus tôt, où il s'est extirpé des qualifs pour venir affronter en pleine lumière Josselin Ouanna, Pierre-Hugues remporte la 1ère manche face au tout nouveau N°13 français (le classement vient en effet tout juste de paraître et Ouanna est lui N°18). Oui, vous entendez bien, il rafle le 1er set et, de toute évidence, cela devient une trop lourde charge sur ses frêles épaules. « Un rêve plus loin ! », lui souffle aux oreilles sans discontinuer son père à l'entraînement. Mais là, vous comprenez, la réalité dépasse le rêve. Le petit gars de Strasbourg domine aisément une grosse pointure du tennis pro hexagonal en produisant pourtant un tennis assez médiocre. On va où ? C'est quoi ce truc-là ? Ça vous fout les chocottes !
Alors, comme à Rennes une semaine plus tôt, l'apprenti champion, inconsciemment sans doute, rentrera dans le rang, humblement, parce que c'est finalement plus rassurant.

(photo Laetitia Beaujard)
Il sautera à pieds joints dans le piège fumeux tendu par l'adversaire sous la forme d'une intox "à 2 balles" digne d'un vulgaire match de 4e série. Au lieu de continuer comme à l'entraînement, de rectifier ses erreurs du 1er set, en consolidant ses automatismes et explorant plus avant ses actuelles "pistes de progrès", Pierre-Hugues s'est au contraire complètement égaré. Confondant en quelque sorte le "plan A" et le "plan B", il s'est emmêlé dans sa stratégie et a oublié de jouer son jeu, pour au final s'enliser dans le tennis malicieux et vif-argent de son adversaire. Et la caisse de résonance du Palais des Sports d'Orléans a fait le reste. Ecrasé par les responsabilités, submergé par l'enjeu, Ügi a ressenti puissance 10 les mauvaises vibrations pendant qu'Adrian Mannarino surfait sur la vague pour déployer tout son attirail offensif et défensif.
Au score, en fiasco crescendo, ça donne ça. Un service lâché dès l'entame du second, dans la légère euphorie du gain de la 1ère manche, au 3e avantage et avec 2 doubles fautes à la clef. Aussitôt repris comme au premier, mais cette fois-ci sur un jeu blanc, et après 2 patates de volées jouées à contretemps de façon magistrale. Mannarino semble alors vraiment ne pas comprendre ce qui se passe. Mais l'ambiance devient floue et délétère. Et P2h commence a vraiment baisser sa garde, tandis que son vis-à-vis s'efforce de reprendre la main, aussi bien tactiquement que psychologiquement, à coup de contre-attaques éclair ou de commentaires aigres-doux. Profitant de l'émoi adverse, le N°110 mondial chipe donc aux avantages, presque sur un malentendu, la mise en jeu de Pierre-Hugues pour mener 2/1. Il conserve ensuite la sienne au jeu suivant en sauvant une balle de break et en se plaignant au service d'une douleur aux abdos. 3/1, puis score réduit 3/2 à la 6e balle de jeu. Puis 4/2 et nouveau break, 5/2, avant de conclure 6/2 en écartant une balle de 5/3 à 30/40. Le gaucher du CNE égalise à une manche partout face à un P2h qui n'aura somme toute démontré de réel enthousiasme qu'à la fin du 1er.
La morosité s'installe de plus en plus sur le court. Pierre-Hugues aidé par les exhortations d'une partie de l'assistance, crie un peu, tentant bien de se réveiller, de se redonner un peu de mordant. Mais le coeur n'y est plus, ni d'un côté, ni de l'autre, joueur et public. Tout cela sonne faux et la descente aux enfers continue.
Break concédé une nouvelle fois d'entrée, mais cette fois "blanc", puis confirmé derrière par Mannarino malgré une balle de 1 partout à 30/40.
Ça fait donc 2/0, puis bientôt 6/0 en 22mn. La fin du match est à sens unique en faveur de la 6e tête de série du tableau face à un Ügi qui a depuis longtemps quitté la scène au grand désarroi des fans de tennis présents dans les gradins, ou sur Internet en live streaming via des canaux détournés.
Le duel a donc tourné court. Tout le monde reste sur sa faim. On s'expliquera cette débâcle en plaidant le manque d'expérience du plus jeune des 2 et la fatigue accumulée lors des tours qualificatifs.
Mais la vérité est plus précisément que, sur ce navire-là, le moussaillon n'était pas encore prêt au fond de lui à prendre la place du "capitaine", et à faire face à l'évidence de son statut actuel, celui d'un prétendant sérieux à la victoire à ce niveau de compétition.

(photo Laetitia Beaujard)
Excepté un numéro au classement ATP et la simple certitude d'avoir la stature requise, il n'a manifestement donc rien à envier à tous ces Ouanna, Mannarino, et autres joueurs du Top 100 ou 200. Autrement dit, dans le Landerneau du tennis franco-français, c'est surtout une sorte de complexe d'Oedipe très "spécifico-spécifique" qu'il faut que Pierre-Hugues résolve maintenant. Cela signifie qu'une prochaine fois, il lui faudra "tuer le pair". Et qui sait ? Le gag serait peut-être que l'intronisation ait lieu justement contre Benoît Paire, N°16...
29/10/2010